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"N’importe qui dans la rue peut venir vous prendre en photo comme bon lui chante, sans rien demander et s’approprier ainsi un morceau de vous-même ! Au nom de quoi faudrait-il accepter d’être exhibée devant des voyeurs tapis dans le noir et leur laisser tout pouvoir de se repaître de votre image ? Tous ces regards posés sur vous comme autant de crachats au visage…" | |
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Qu’est-ce qu’il avait à pleurer, le gros bonhomme ? Le métro arrivait à la station Filles du calvaire quand sa voix stridente avait fait sursauter toute la rame. Martine avait d’abord cherché des yeux où se cachait la petite fille qui manifestait si fort son chagrin. Mais, debout à l’entrée du wagon, en guise de fillette, c’était cet homme corpulent qui pleurait, tournait sur lui-même, allait et venait les bras ballants entre les banquettes, scrutant le sol, fouillant dans ses poches, plongeant les mains dans la sacoche de cuir qui pendait à son épaule.
Comment un filet de voix si aiguë pouvait-il sortir d’une telle masse de chair ? Quel âge avait-il, cet homme ? Entre vingt et trente ans. Difficile de donner un âge précis aux gens obèses. Ils ont généralement l’air plus jeune qu’ils ne sont. Les très maigres, eux, font souvent plus vieux. Celui-là, on aurait dit un petit garçon diabétique qu’une maman trop âgée aurait habillé à l’ancienne mode, avec les vêtements d’une génération d’avant : costume, cravate, loden et chapeau. ... |
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© . 2010
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