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Didier Renard est un sale type. | |
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Si quelqu’un connaît l’intimité des femmes de la famille Portier, c’est bien le Docteur Jeunot.
Et c’est la petite dernière, Ludivine, qui lui rendait visite ce jour.
La belle maman était d’ailleurs un peu taquine sur le sujet. Didier en rougit quelquefois, dans les repas de famille. Repas qu’on aimait à célébrer dans le grand jardin fleuri, quand revient le printemps. Durant la ballade digestive les hommes se retrouvaient pour parler un peu de pêche et fixaient un rendez-vous pour le week-end prochain. Les femmes râlaient un peu, parce qu’elles savaient d’avance que leurs compagnons respectifs s’en iraient de bonne heure, le samedi à venir.
Les beaux-parents considéraient Didier comme un fils. Ils parlaient beaucoup de ses futurs livres, espéraient qu’il parvienne au doctorat, prof de lettres modernes, ou quelque chose comme ça. Son premier abandon en DEUG de Bio, après deux tentatives, n’avait en rien écorné les espérances que l’on plaçait en lui. La maturité dont il avait fait preuve n’avait fait qu’aiguiser un peu plus un prestige déjà grand. Tandis qu’il aurait pu continuer à profiter tranquillement de l’argent de ses parents, en laissant filer l’année scolaire, il avait de lui même préféré y mettre un terme et travailler jusqu’à la rentrée prochaine. Et il n’avait pas arrêté ! Parfois des missions de quelques jours, et pas toujours des boulots faciles. Manœuvre dans le bâtiment, des inventaires, il avait même bossé un temps de nuit à l’hôpital. Un garçon courageux et déterminé ! Les parents de Ludivine voyaient en lui un bon parti. Mme portier avait même osé une fois prétendre, sous forme de boutade, que s’il elle avait eu vingt cinq ans de moins, elle aurait épousé Didier. Ludivine en avait été quelque peu fâchée, ne trouvant guère ces dérives oedipiennes à son goût. Quelques larmes au téléphone eurent toutefois raison de cette chamaillerie sans lendemain. Le Docteur Jeunot éprouvait toujours beaucoup de joie à recevoir la famille Portier. Quel bonheur dans son métier de prendre soin d’une enfant devenue grande, quand on s’est occupé, presque vingt ans plus tôt, de sa mère enceinte ! La quadrature du cercle. Chemin faisant, sur un chemin si long, le Docteur était devenu un ami. La gêne que l’on ressent parfois en ces lieux n’avait pas sa place dans ces conditions.
Ludivine prit place tandis que le Docteur, comme à son habitude, s’empressait d’obtenir des nouvelles de tout le monde, de sa voix douce et chaleureuse. Sans cesser de parler il débuta son auscultation. Un gynécologue, c’est un explorateur des contrées intérieures, un spéléologue des parties génitales, un spécialiste des organes chauds et un peu gluants… Alors après presque trente ans de métier le Docteur Jeunot n’en était plus un et son catalogue de bizarreries et autres maladies honteuses était plus que bien fourni.
Le Docteur gardait le silence, un terrible regard braqué sur la pauvre jeune fille, déjà bouleversée. Elle aurait du garder de la force pour la suite… Le souci du Docteur n’était pas tant de découvrir ce qu’il découvrait que d’en connaître la provenance. Sa profession l’avait maintes fois confronté à quelques mondes parallèles que le monde préfère ignorer.
Il l’abandonnait froidement dans une nudité devenue humiliante, gribouillant sans mot dire quelques recommandations pour un autre spécialiste.
Le Docteur, tout à sa déception, laissait la gamine se débattre dans sa panique.
Elle hurlait ! La secrétaire avait fini, au mépris de toutes les règles du cabinet, par pénétrer dans le bureau. Le doc reprit alors un peu de son calme et rassurant son assistante s’en alla relever Ludivine, l’installa sur une chaise. Il lui releva la tête pour que ses yeux croisent les siens et lui dit, d’un ton enfin redevenu professionnel.
Les veines du front de la jeune fille se firent artères et les yeux perdirent tout à fait leur blanc. Elle était devenu dure comme la pierre, ses membres paralysés pas l’horreur. Didier avait bossé de nuit à l’hôpital.
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© . 2007
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